Envahi par l’image, notre monde est soumis à une incessante esthétisation des êtres et des choses, réduits à la valeur spectacle, au coût et au goût marchands et au temps court de l’événement. Claude Lefèvre crée peu d’image et mesure le temps à l’aune d’une vie. Il se situe très loin des tendances d’un moment et des complaisances. S’il regarde son vis-à-vis, ses vies à vies, c’est pour échanger et jamais pour imposer. Nous passons sans voir ou sans vouloir voir, ceux qui sont loin et dont les cultures nous sont étrangères ; ceux qui sont près et dont l’image est occultée.

Claude Lefèvre donne un droit de regard à cette humanité, un droit à l’image qui trop souvent lui est refusée. Ce travail est celui d’un créateur, composant de magnifiques photographies, sans emphase mais avec le plaisir de construire et de révéler. Cette mise en présence des personnes exige un talent rare, un sentiment. « Si vous avez du sentiment pour les autres, vous êtes un bon photographe », déclarait Robert Frank. Ce sentiment est là, exigeant et sans compromissions.

François Barré
Président des rencontres photographiques d’Arles (2001-2009)